Vous avez des taupes, vous ?

La taupe…

 

      C’est si mignon une taupe (mis à part ses deux bras de Popeye et ses griffes de sorcière), c’est tout doux, tout propre et brillant lorsque ça sort de terre ! (Ce qui laisse dubitatif le spéléologue boueux que je fus : mais comment font elles pour rester propres ?)

      C’est utile la taupe, il parait… utile sans doute pour rappeler au jardinier qu’il est bon d’affuter chaque année la lame de sa tondeuse.

       On me rétorquera probablement qu’il n’est pas bien compliqué d’étaler la terre des taupinières, voire qu’elle est excellente pour les pots de fleurs. Sauf que chez moi cette terre bénie -cadeau du ciel ?- est un amalgame d’argile pure  (effectivement bonne pour les pots de fleurs mais à condition de disposer d’un tour de potier et d’un four ad-hoc) et de petits galets émousseurs de la lame citée plus haut et projectiles parfaits pour assurer le chiffre d’affaires du vitrier local.                                                 

  On notera au passage  que la gentille taupe a le bon goût de ne pas remonter en surface les galets plus gros pourtant très nombreux dans mon sous-sol –si si, je le sais !- (fainéante !)

     Rien de bien méchant finalement !

     En tous cas pas de quoi en faire une histoire.

  Sauf que…

   Sauf que lorsque on essaie de faire pousser des Sabal à une vitesse supérieure (légèrement, soyons raisonnables, on parle bien de Sabal) à celle de l’élévation du front nord-pyrénéen, on les arrose car ils aiment l’eau, beaucoup même ! (on n’est pas tous égaux) et ont vite fait de transformer un mètre cube d’eau en 1cm de palme…

   Sauf que (j’y arrive…) au pied amoureusement désherbé, amendé, sarclé de chacun de ces palmiers s’ouvre immanquablement chaque année une galerie menant à coup sûr directement en enfer et avalant goulument toute l’eau dont j’essaie de les abreuver.

    La boucle est bouclée, le cercle infernal engagé, la réaction en chaine incontrôlée ! le palmier a besoin d’eau > l’eau ameublit le sol et attire les vers > les vers attirent les taupes > les taupes creusent des galeries > les galeries captent l’eau > j’arrose deux fois plus > plus de vers > plus de taupes>      ARGH !    et toujours pas assez d’eau pour le palmier…

C’est la guerre !

  Oublions les boules de naphtaline de mémé (qu’on ne trouve d’ailleurs plus… la naphtaline, je veux dire, car les mémés se renouvellent, elles), oublions la ronce dans la galerie et le verre pilé sous prétexte d’hémophilie (vous en connaissez, vous, des hémophiles qui creusent la terre à mains nues ?) Quant-à la noyade, n’y pensons même pas : avec toute l’eau qu’elles me ponctionnent, je pense qu’elles sont équipées de branchies.

A ce stade du billet, soucieux de ne me fâcher avec personne d’autre que les taupes ( et dans leur cas c’est trop tard), je pense qu’il serait préférable que les plus verts d’entre vous (non, les verts j'ai dit, pas les vers : Eux peuvent rester...s’il n’attirent pas les taupes !), cliquent sur la petite croix en haut à droite de l’écran…

   Et on sort le piège : la bonne vieille pince qu’on laisse rouiller et dont on évite de toucher la partie fonctionnelle avec les doigts parce que madame a du flair, en plus !

   Ca marche très bien, j’en ai attrapé des dizaines comme ça ! mais pas toutes… Il faut dire que mon voisin qui s’en fout ( il ne tond pas ), semble faire de l’élevage et laisse échapper une partie de son cheptel sous la clôture mitoyenne !

   Ca marche très bien oui, mais cette technique a ses limites : il faut dégager une galerie horizontale pour tendre le piège ! Or les galeries au pied des sabal sont verticales !  Il suffirait de déterrer le palmier en place depuis 15 ans au moins pour accéder à une galerie horizontale qui court sans doute dans ses racines…mais j’ai la flemme.

   Et comme j’ai la flemme, justement, je tire une chaise face à l’ouverture béante bien nettoyée, je me sers un petit muscat, j’ouvre « une saison en enfer » (ça tombe bien) de mon pote Arthur parce que ça peut prendre un peu de temps et je pose sur mes genoux mon bon vieux Colt 1873 cal .45 vous savez, celui des westerns ou de Lucky Luke.

     Lorsque quelque chose bouge enfin, enfin...quand ça bouge enfin parce que madame n’a pas des habitudes aussi réglées qu’on veut bien le dire, je pose mon livre et vous laisse deviner la suite sachant que la taupe déteste le bruit des détonations

    Ce qui m’ennuie c’est que j'ai horreur d'arrêter ma lecture au milieu d’une phrase... heureusement, je connais Rimbaud par cœur !

   Mais je finirai par m’en débarrasser, j’en fais le pari !

Tope là !

 

 

4 votes. Moyenne 5.00 sur 5.